Qualité de finition en Ligue 1 : analyse individuelle (mi-saison)
L’évaluation de la finition reste l’un des sujets les plus sensibles de l’analyse offensive. Le nombre de buts, indicateur final et très souvent valeur de jugement, est fortement bruité par des éléments extérieurs : qualité de l’occasion, performance du gardien, qualité intrinsèque de la frappe, variance, etc.
Pour dépasser cette lecture brute, les modèles d’Expected Goals (xG) ont constitué une première avancée majeure, en fournissant un cadre probabiliste pour évaluer la dangerosité des situations de tir. Toutefois, ces modèles ne capturent pas l’intégralité de la chaîne de valeur d’un tir, en particulier ce qui relève de l’exécution une fois le ballon frappé.
Dans cet article, nous proposons une lecture structurée de la finition en Ligue 1 à mi-saison, en distinguant successivement :
- la qualité de l’occasion, indiquée par les Expected Goals (xG), ce qui constitue notre point de départ ;
- la qualité du tir, via les Expected Goals on Target (xGot), qui estiment la probabilité de but d’une frappe cadrée ;
- l’issue finale, matérialisée par le nombre de buts effectivement marqués.
L’objectif est d’isoler, autant que possible, la qualité du tir effectué par l’attaquant de la performance du gardien adverse.
L’analyse porte exclusivement sur les tirs et buts hors penalty.
Méthodologie et périmètre
Nous sélectionnons les joueurs offensifs de Ligue 1 ayant disputé une part significative du temps de jeu à mi-saison, afin de limiter les effets liés aux petits échantillons et aux contextes ponctuels. Sont ainsi retenus les joueurs ayant cumulé au moins 50 % des minutes jouées et généré un volume minimal de tirs correspondant à 3,4 xG hors penalty (0,20 xG par match x 17 journées).
En deçà de ce seuil, l’évaluation de la finition devient trop sensible à quelques frappes isolées, rendant les comparaisons fragiles et peu informatives.
Nous voulons évaluer la qualité de la finition produite par les attaquants, indépendamment à la fois du volume d’occasions créées et de la performance des gardiens adverses. Les métriques traditionnelles telles que le nombre de buts marqués ne permettent pas cette dissociation, car elles agrègent des phénomènes de nature différente.
Deux indicateurs principaux sont ainsi mobilisés :
- les expected goals (xG) constituent le point de départ de l’analyse. Ils permettent d’évaluer la qualité moyenne des occasions obtenues par un joueur, en tenant compte du contexte du tir (localisation, angle, pression défensive, etc.), mais sans intégrer l’exécution finale ;
- les expected goals on target (xGot) prolongent cette lecture en conditionnant l’évaluation à la qualité du tir cadré. Contrairement aux xG “classiques”, les xGot intègrent des informations post-frappe, telles que la localisation exacte du ballon dans le but ou sa vitesse, et estiment ainsi la probabilité de but d’un tir cadré (avec une probabilité nulle pour les frappes non cadrées).
Ce second indicateur est particulièrement adapté à l’analyse de la finition, car il permet d’isoler ce qui relève de l’exécution du geste, indépendamment de la qualité initiale de l’occasion.
À partir de ces deux métriques, un score de finition normalisé est calculé pour chaque joueur :
Le numérateur mesure l’écart entre la dangerosité réelle des tirs cadrés produits par le joueur et celle qui était attendue au regard des occasions dont il a bénéficié. Un écart positif indique que le joueur tend à améliorer la valeur de ses occasions par la qualité de ses frappes. Ici, on ne regarde pas les buts, on s’intéresse seulement à la qualité de la finition.
La normalisation par la racine carrée de xG permet d’ajuster ce score en fonction du volume d’occasions analysé. Elle limite la sur-valorisation des profils à faible exposition et confère davantage de poids aux performances observées sur des volumes plus importants, rendant les comparaisons plus stables statistiquement.

Interprétation du score :
- Score positif : le joueur génère des tirs plus dangereux que ce que la qualité de ses occasions laissait attendre. C’est notamment le cas sur cette 1ère partie de saison de Bradley Barcola, Mason Greenwood et Wesley Saïd.
- Score négatif : la qualité des tirs est inférieure à l’attendu, l’exécution finale dégrade la probabilité de but. C’est notamment le cas de Folarin Balogun et Issa Soumaré.
- Score proche de zéro : la qualité de la finition est globalement conforme à l’attendu au regard des situations de tir obtenues.
De la qualité du tir au but marqué

Ce tableau permet de compléter l’analyse en introduisant la dernière brique de la chaîne : les buts marqués. Ainsi, nous pouvons distinguer ce qui relève du tireur de ce qui tient à l’opposition rencontrée.
L’évaluation est structurée autour d’une séquence en trois temps, correspondant aux différentes dimensions de la conversion d’une occasion :
- les expected goals (xG) permettent de répondre à la question de la dangerosité initiale de l’occasion : le tir a-t-il été pris dans une situation favorable ?
- les expected goals on target (xGot) évaluent la qualité de l’exécution : le joueur a-t-il maximisé cette occasion par la qualité de sa frappe ?
- le but effectivement marqué intègre enfin l’action du gardien, qui peut confirmer ou neutraliser la dangerosité du tir.
Cette décomposition permet d’éviter une lecture strictement binaire du résultat final et de replacer chaque but — ou chaque non-but — dans son contexte.
L’intérêt de cette approche apparaît clairement à travers plusieurs profils types :
. Esteban Lepaul (Rennes) – 9 buts
Avec un xG élevé et une finition positive (+0,41), Esteban Lepaul transforme efficacement ses occasions en tirs dangereux. L’impact gardien positif (+1,45) confirme cette production et fait de ce joueur le meilleur buteur de Ligue 1 à mi-saison (hors penalty).
. Odsonne Édouard (Lens) – 6 buts
Son xG modéré (3,98) est associé à une finition légèrement négative (−0,12), mais les gardiens adverses ont fortement sous-performé face à ses tirs (+2,14). Les 6 buts inscrits masquent ainsi une qualité de frappe globalement dans la moyenne.
. Hákon Arnar Haraldsson (Lille) – 5 buts
Avec une forte dégradation post-tir (qualité de finition : −1,21), Hákon ArnarHaraldsson génère un xGot nettement inférieur à son xG (3,06 pour 4,27). Ses 5 buts inscrits sont principalement dus à une contre-performance marquée des gardiens adverses (+1,94).
. Gonçalo Ramos (Paris Saint-Germain) – 3 buts
Son profil est relativement neutre en termes de finition (+0,11), avec un xGot proche du xG. En revanche, un impact gardien fortement négatif (−1,59) explique un nombre de buts inscrit limité sur cette phase aller.
. Issa Soumaré (Le Havre) – 2 buts
Malgré un volume d’occasions important (7,21 xG), Issa Soumaré affiche une très forte sous-performance en terme de qualité de finition (−4,14), traduite par un xGot très faible (3,07). Le nombre de buts reflète principalement une exécution défaillante, accentuée par un impact gardien négatif.
. Adrien Thomasson (Lens) – 2 buts
À faible volume (3,44 xG), Thomasson affiche une exécution de qualité (+0,46), matérialisée par un xGOT supérieur (3,90). Toutefois, une surperformance des gardiens adverses (−1,90) limite fortement sa conversion finale.
Ces profils illustrent des trajectoires offensives très différentes pour des totaux de buts parfois similaires. La décomposition de la chaîne xG → xGOT → but permet ainsi de distinguer ce qui relève de l’exécution du tireur de ce qui dépend principalement de la performance adverse.
Cette décomposition fine de la chaîne xG → xGot → but ouvre plusieurs perspectives concrètes.
Du point de vue du recrutement, le score de finition normalisé constitue un outil pertinent pour identifier des profils sous-cotés, dont la production de buts ne reflète pas encore la qualité réelle des frappes. Décorréler finition et résultats bruts permet de limiter les erreurs de projection liées à la variance de court terme.
Pour le suivi individuel, cette lecture invite à relativiser certaines narrations. Un joueur affichant un xGot supérieur à son xG mais peu de buts marqués ne traverse pas nécessairement une période de méforme ; à l’inverse, une sur-réalisation sans qualité post-tir est rarement durable sur la durée.
Ces outils ne remplacent pas l’observation, mais en précisent la lecture.
La finition ne se mesure pas uniquement à l’issue finale, mais au processus qui relie la qualité de l’occasion à celle de l’exécution.
En reconstituant la chaîne xG → xGOT → but, nous pouvons distinguer clairement :
- la création d’occasions
- la qualité intrinsèque du tir
- la variance induite par le gardien
Ce cadre d’analyse permet de dépasser la narration classique et d’identifier les profils réellement performants, indépendamment des fluctuations à court terme.
Si vous avez des questions ou souhaitez explorer d’autres métriques, n’hésitez pas à commenter ou à nous contacter ici.