STAT 4 SPRT

La performance décryptée par la donnée

Changer d’entraîneur quand on joue le maintien : bonne idée ?

Changer d’entraîneur en cours de saison lorsque l’on joue le maintien est devenu normal, presque banal. Cette année, déjà 3 clubs ont utilisé ce levier pour essayer d’éviter la descente à l’échelon inférieur : Luis Castro (FC Nantes), Franck Haise (OGC Nice) et plus récemment Stéphane Le Mignan (FC Metz) ont été mis à l’écart par leur club.

Est ce que le changement d’entraîneur en cours de saison, souvent utilisé pour provoquer un électrochoc et enrayer une spirale négative, fonctionne vraiment ?

Appuyons-nous sur ce qu’il s’est passé lors des 5 dernières saisons de Ligue 1 pour essayer d’y voir plus clair.


Depuis la saison 2020/2021, nous avons dénombré 21 équipes qui jouaient le maintien et qui ont changé d’entraîneur.

Pour rendre l’analyse la plus pertinente possible, nous comparons ces équipes à des équipes se trouvant dans des situations similaires en nombre de points, nombre de matchs joués et de classement. Nous avons ainsi pu identifier 20 équipes jouant le maintien et qui n’ont pas changer de coach.

Cela nous permet d’avoir 2 échantillons relativement similaires qui nous serviront de comparaison pour notre étude : les clubs qui ont changé d’entraîneurs vs les clubs qui n’ont pas changé d’entraîneur.

Cependant, un biais de sélection semble inévitable. En effet, les clubs qui licencient leur entraîneur ne le font pas seulement parce que leur nombre de points est insuffisant. il peut y avoir une dynamique catastrophique, le coach peut avoir perdu son vestiaire et le moral des troupes peut être fortement impactés par une situation extra sportive pesante. Même si nous avons essayé de réduire le plus possible ce biais en sélectionnant des clubs le plus proche possible en terme de situation sportive, il est important de garder cela en tête.

Il faut également prendre en compte que les équipes licenciant leur entraîneur le font souvent après une très mauvaise série, parfois exceptionnellement négative. Une amélioration ultérieure peut donc se produire naturellement, même sans changement.

La liste complète ainsi que les statistiques associées sont disponibles ici.


Déjà condamnés ?

Intéressons-nous dans un premier temps à la situation au moment du changement (ou non) d’entraîneur, pour valider la cohérence des échantillons.

Pour les clubs qui changent : 0,81 points / match

Pour les clubs qui gardent : 0,87 points / match

Les clubs qui changent d’entraîneur ont en moyenne légèrement moins de points que les clubs que nous avons retenus pour la comparaison (-0,06 points / match), mais cet écart reste très modéré et nous pouvons donc considérer que les 2 groupes présentent des situations de départ relativement proches, même si une parfaite équivalence reste impossible.

Effet sur la performance

Pour évaluer l’impact d’un changement (ou non) sur la performance, nous allons comparer le nombre de points obtenus avant et après le changement.

Pour les clubs qui changent : + 0,27 points par match (0,81 avant vs 1,08 après)

Pour les clubs qui gardent : + 0,33 points par match (0,87 avant vs 1,20 après)

Les équipes en difficulté ont tendance à s’améliorer par la suite, mais l’amélioration est légèrement plus faible pour les équipes qui changent d’entraîneur (-0,06 points par match).

Impact sur le maintien

C’est le nerf de la guerre : se maintenir. Parfois, la réussite d’une saison tient à un match, un point pris, un but marqué… c’est ce qui fait la beauté du football, et parfois également sa cruauté.

Pour les clubs qui changent : 11 descentes sur 21 équipes (52 %)

Pour les clubs qui gardent : 4 descentes sur 20 équipes (20 %)

C’est ici le vrai point de bascule entre les 2 groupes : 73 % des clubs qui descendent ont changé d’entraîneurs en cours de saison (11/15). Cette différence marquée suggère que, dans notre échantillon, le changement d’entraîneur, bien qu’apparaissant comme un levier facilement actionnable et parfois inévitable, n’est pas associé à une amélioration des performances.


Sur la période étudiée, changer d’entraîneur lorsque l’on joue le maintien n’est pas associé à une amélioration moyenne des résultats par rapport aux équipes qui conserve leur coach. De la même manière, ce changement ne semble pas augmenter la probabilité de maintien.

Rappelons toutefois qu’il s’agit d’une analyse statistique basée uniquement sur les 5 dernières années de Ligue 1 en se concentrant sur les résultats sportifs. Les dynamiques internes, les relations humaines, les blessures, le mercato ou encore le contexte institutionnel jouent un rôle majeur et ne peuvent être intégrés ici.

Le changement d’entraîneur reste donc un pari risqué.

Dans un prochain article, nous reviendrons sur les principaux changements d’entraîneur qui ont porté leurs fruits, ainsi que sur ceux qui se sont révélés décevants, voire fatals.