STAT 4 SPRT

La performance décryptée par la donnée

Impact des performances des gardiens sur le classement (Ligue 1 – mi-saison)

L’évaluation du poste de gardien se heurte à une difficulté récurrente : la performance d’arrêt1, aussi mesurable soit-elle, ne se traduit pas toujours par un impact lisible sur les résultats. Des écarts de rendement peuvent ainsi être observés sans se refléter systématiquement sur le classement d’une équipe, selon le contexte des matchs et la dynamique collective. Un arrêt décisif peut préserver un résultat, tandis qu’une surperformance globale peut rester sans effet sur le classement lorsqu’elle intervient dans des rencontres déjà maîtrisées.

Cet article propose une lecture orientée résultats en cherchant à estimer l’impact marginal du poste de gardien sur les points obtenus par les équipes de Ligue 1 à mi-saison. L’approche retenue se situe volontairement au niveau collectif, en considérant l’ensemble des performances réalisées au poste de gardien par une équipe donnée sur la période étudiée, afin d’analyser dans quelle mesure la performance observée s’est concrètement traduite — ou non — en gain de points.


Chaque point représente une équipe : l’axe horizontal mesure la performance d’arrêt du poste de gardien (score gardien), tandis que l’axe vertical estime le gain ou la perte marginale de points associés. Le graphique met en évidence une relation globalement positive, dont l’intensité varie fortement selon le contexte des matchs.

Mesurer l’impact marginal du gardien

Nous estimons l’impact marginal du poste de gardien sur les points obtenus par les équipes, en comparant les résultats effectivement observés à un scénario théorique fondé sur la dangerosité des tirs cadrés subis. Le calcul est réalisé match par match puis agrégé pour couvrir la première moitié de la saison.

Pour chaque match, le nombre de buts attendus concédés à partir des tirs cadrés subis xGot (lien définition) est utilisé comme estimation du nombre de buts théoriquement concédés par l’équipe. Cette valeur représente ce que l’on pouvait raisonnablement attendre du point de vue du poste de gardien, compte tenu de la dangerosité réelle des situations affrontées.

Ce nombre de buts théoriques encaissés est ensuite comparé au nombre de buts inscrits par l’équipe, ce qui permet de déterminer un résultat théorique fondé sur les xGot subis. L’impact du poste de gardien est alors mesuré comme l’écart entre les points réellement obtenus par l’équipe et les points associés à ce résultat théorique.

Un écart positif indique que l’équipe a obtenu plus de points que ce que la dangerosité des tirs cadrés ne le laissait présager, suggérant une contribution positive du poste de gardien. À l’inverse, un écart négatif traduit une perte de points relative à ce scénario théorique.

L’agrégation de cet écart sur l’ensemble des matchs disputés fournit une estimation du gain (ou de la perte) marginale de points attribuable au poste de gardien pour chaque équipe.

Performance du gardien et impact en points

La classification des équipes selon le score gardien permet de distinguer trois groupes aux dynamiques nettement différenciées, tant en termes de performance d’arrêt que d’impact en points. Cette lecture met en évidence une relation globalement positive entre la performance d’arrêt du poste de gardien et les résultats collectifs, dont l’intensité reste toutefois fortement conditionnée par le contexte des matchs.

Gardiens en surperformance marquée (score gardien > 0,5)

Cinq équipes se distinguent par une surperformance significative du poste de gardien : Lens, Angers, Lille, Marseille et Lyon. En moyenne, ce groupe affiche un gain marginal de +4,8 points à mi-saison, traduisant un impact positif des performances d’arrêt.

Dans la majorité des cas, la surperformance du poste de gardien s’est traduite par des points effectivement gagnés, suggérant que les arrêts réalisés sont intervenus dans des contextes à forte valeur (matchs serrés, scénarios décisifs).
Un cas particulier mérite toutefois d’être souligné : Lens. Malgré un score gardien élevé, l’impact en points reste limité. Cette configuration illustre une situation où la performance d’arrêt, bien que réelle, n’a pas été déterminante sur l’issue des matchs, probablement en raison de scénarios déjà maîtrisés collectivement.

Ce groupe confirme que la surperformance du poste de gardien constitue un levier important de création de points.

Zone neutre : performance conforme à l’attendu (−0,5 ≤ score gardien ≤ 0,5)

Le groupe central rassemble des équipes dont la performance d’arrêt est globalement conforme à l’attendu statistique : Strasbourg, Toulouse, Nice, Rennes, Monaco, Metz, Nantes et Auxerre. La moyenne du gain marginal de points y est proche de zéro (−0,13 point), mais cette neutralité globale masque des disparités importantes.

À score gardien relativement similaire, l’impact en points varie fortement selon les équipes, allant d’un gain de +4 points pour Nice à une perte de −4 points pour Toulouse. Cette dispersion souligne le rôle déterminant du contexte collectif : efficacité offensive, maîtrise des matchs et capacité à convertir des situations favorables.

Dans cette zone, la performance d’arrêt seule ne permet pas de discriminer l’impact réel du poste de gardien. Les points gagnés ou perdus apparaissent largement dépendants d’autres dimensions du jeu, confirmant que ce groupe correspond avant tout à une zone de variance et de neutralité fonctionnelle.

Sous-performance marquée du poste de gardien (score gardien < −0,5)

Enfin, cinq équipes présentent une sous-performance significative du poste de gardien : Brest, Paris SG, Le Havre, Paris FC et Lorient . En moyenne, ce groupe enregistre une perte marginale de −0,8 point à mi-saison, indiquant un impact globalement négatif sur les résultats.

Dans la majorité des cas, les buts concédés au-delà de l’attendu se sont traduits par des points perdus, en particulier dans des matchs à faible marge. Ce groupe illustre les configurations où la sous-performance d’arrêt devient un facteur de fragilisation directe des résultats.

Un cas singulier se détache néanmoins : Lorient. Malgré un score gardien extrêmement négatif, l’équipe affiche un gain marginal de 1 point sur la période. Cette situation met en évidence la capacité du collectif à compenser une performance d’arrêt très dégradée, et rappelle que même une sous-performance marquée ne se traduit pas systématiquement par une perte immédiate de points.


Cette analyse met en évidence que la performance du poste de gardien, mesurée à partir de la dangerosité des tirs cadrés subis, constitue un déterminant important des points obtenus à mi-saison, sans pour autant exercer un impact mécanique ou proportionnel sur les résultats au classement. Si une surperformance marquée agit fréquemment comme un levier de création de points, elle ne garantit pas systématiquement un gain équivalent, tandis qu’une sous-performance peut, dans certains contextes, être partiellement ou totalement compensée par le collectif.

La lecture conjointe du score gardien et des points gagnés souligne ainsi l’intérêt de dissocier la performance individuelle d’arrêt de la valeur effectivement produite en points. Elle permet d’identifier des situations où le poste de gardien joue un rôle déterminant dans les résultats, mais aussi des configurations où son influence reste marginale ou neutralisée par d’autres dimensions du jeu.

Dans la continuité de cette approche, le prochain article proposera un classement de Ligue 1 à mi-saison en neutralisant l’impact du poste de gardien (lien article). L’objectif sera d’analyser les performances des équipes en faisant abstraction de cette contribution spécifique, afin de mieux isoler le poids des autres composantes collectives dans la hiérarchie observée au classement.

Si vous avez des questions ou souhaitez explorer d’autres métriques, n’hésitez pas à commenter ou à nous contacter ici.

  1. Article sur la performance individuelle des gardiens de Ligue 1 à mi-saison : Gardiens – Ligue 1 – 2026 (mi-saison) – perf individuelle  ↩︎