STAT 4 SPRT

La performance décryptée par la donnée

La chute d’un monument

Comprendre la relégation du Stade de Reims

Le Stade de Reims n’est pas un club comme les autres. Monument historique du football français, il s’est construit sur des fondations solides, longtemps synonymes de stabilité et d’exigence. Pourtant, en 2025, l’édifice s’effondre et le club est relégué en Ligue 2.

Pour comprendre cette chute, il faut dépasser le simple constat du classement et entrer dans la structure même de la saison rémoise. À l’aide de huit piliers de performance construits à partir des données disponibles sur FBref et notés sur 20, cet article cherche à identifier ce qui a tenu, ce qui s’est fragilisé, et surtout ce qui a fini par céder. Car lorsqu’un monument tombe, ce n’est jamais par hasard.

Chaque pilier représente un aspect clé de la performance du Stade de Reims, correspondant aux grands secteurs de jeu. La note sur 20 est obtenue à partir de plusieurs indicateurs agrégés, offrant une lecture globale de l’équilibre de l’équipe sur l’ensemble de la saison.

Le pilier solide

. Gardien  (15,6 / 20)   –  1er

buts encaissés vs Expected Goals on target (xGot) ; erreurs menant à un tir adverse ; fautes commises entrainant un penalty

Le secteur du gardien est la grande satisfaction de la saison rémoise. Comme nous avions pu l’observer lors de notre analyse de la performance des gardiens pour la saison 2024/2025, Yehvann Diouf affiche une performance nettement supérieure à la moyenne.

Ce score élevé repose principalement sur l’écart entre les buts attendus selon la qualité des tirs cadrés subis (xGot) et les buts réellement encaissés : ainsi, Reims a encaissé 47 buts alors que son gardien a fait face à 61,7 xGot, révélant une surperformance très marquée.

Cette efficacité a permis de faire gagner 10 points au Stade de Reims, soit le deuxième total le plus élevé du championnat. À l’échelle d’une saison, cet impact est considérable et place Diouf parmi les gardiens les plus décisifs du championnat sur sa ligne de but.

Les piliers fragiles

. Progression  (7,1 / 20)   –  11ème

Nombre de dribbles réussis  ; taux de dribbles réussis  ; fautes provoquées  ; passes cassant des lignes  ; conduite de balles cassant des lignes

Reims progresse relativement bien avec le ballon et se classe en milieu de tableau sur cet indicateur. Ce secteur ne constitue ni un point fort, ni un point de rupture majeur de la saison, mais reflète une capacité limitée à faire progresser le ballon de manière régulière et structurée.

Sur le plan individuel, Reims affiche un volume de dribbles réussis relativement correct (279), accompagné d’un taux de réussite solide (44,4 %). Ces chiffres traduisent une certaine capacité à éliminer en un contre un, sans pour autant atteindre un niveau différenciant à l’échelle du championnat.

En revanche, cette progression reste peu impactante collectivement : Le volume de passes et de conduites de balle progressives situe Reims dans une zone intermédiaire, loin des équipes capables de casser régulièrement les lignes adverses. De même, le nombre de fautes provoquées demeure modéré, suggérant une difficulté relative à déséquilibrer durablement les blocs défensifs.

. Possession  (3,9 / 20)   –  12ème

possession moyenne  ; taux de passes réussies

Reims possède relativement peu le ballon, sans que cette faiblesse ne se distingue nettement du reste des équipes situées dans cette zone.

En moyenne, le volume de possession du Stade de Reims s’élève à 45,6 %. Nous avions montré qu’il existe un lien fort entre la possession et le classement final d’une équipe. Cette faible possession limite sa capacité à contrôler le rythme des rencontres et à installer des phases offensives durables.

La possession n’a pas constitué un outil structurant du jeu rémois en 2024/2025. Sans capacité à tenir le ballon sur la durée, Reims s’est régulièrement retrouvé à subir les temps forts adverses.

. Occasion  (3,4 / 20)   –  12ème

expected goals (xG)  ; ballons touchés dans la surface adverse  ; nombre de tirs

La capacité à créer des occasions est relativement faible, ce qui traduit une production offensive limitée sur l’ensemble de la saison.

Le premier indicateur clé concerne les xG produits. Avec 36,5 xG, Reims se classe 15ᵉ du championnat, un niveau insuffisant pour soutenir une attaque compétitive sur la durée. Ce volume reflète une difficulté à générer des occasions de qualité, même lorsque l’équipe parvient à s’installer dans le camp adverse.

Cette présence est confirmée par le volume de ballons touchés dans la surface adverse, où Reims se classe 10ᵉ de Ligue 1. L’équipe parvient donc à accéder relativement fréquemment à la zone de vérité, sans pour autant transformer ces situations en occasions à forte valeur attendue. Ce décalage souligne une inefficacité dans la conversion de la présence offensive en danger réel.

. Protection  (8,9 / 20)   –  14ème

ballons adverses dans la surface  ; xG concédés  ; qualité des tacles effectués

La protection du but rémoise se situe dans le bas du classement du championnat, révélant une fragilité dans la gestion des situations dangereuses.

Le premier signal fort concerne le volume de ballons adverses touchés dans la surface de réparation. Sur l’ensemble de la saison, Reims en concède 936, soit le 17ᵉ total de Ligue 1. Ce chiffre illustre une défense trop souvent acculée, incapable de contenir durablement l’adversaire loin de son but.

Cette exposition se traduit logiquement par de nombreux xG concédés. Avec 57,8 xG accordés sur la saison, Reims fait partie des équipes qui concèdent non seulement beaucoup de situations, mais surtout des occasions de qualité élevée.

Pris conjointement, ces deux indicateurs décrivent une protection du but insuffisante sur la durée.

Les piliers éffondrés

. Duels  (6,9 / 20)   –  16ème

Ratio duels aériens gagnés  ; indiscipline

Le secteur des duels rémois figure parmi les plus faibles du championnat. La principale fragilité concerne la capacité de l’équipe à s’imposer dans les confrontations aériennes.

Le ratio de duels aériens gagnés s’établit à 46,8 %, soit le 16ᵉ total du championnat. Concrètement, Reims perd plus de ballons qu’elle n’en gagne dans les situations aériennes, ce qui limite sa capacité à sécuriser les phases défensives, notamment sur centres, coups de pied arrêtés et ballons longs.

Dans un contexte où la protection du but est déjà fragile, cette faiblesse accentue l’exposition de la défense.

. Pression  (3,5 / 20)   –  17ème

Hauteur de récupération moyenne ; ppda

Le secteur de la pression est extrêmement faible pour Reims. Cette performance traduit une incapacité structurelle à récupérer le ballon haut et à perturber efficacement la construction adverse.

La position de récupération moyenne situe Reims au 16ᵉ rang du championnat. L’équipe récupère le ballon plus bas que la majorité de ses adversaires, ce qui l’oblige à défendre sur des séquences longues et à subir les phases de possession adverses plutôt qu’à les interrompre en amont.

Ce constat est confirmé par le PPDA, pour lequel Reims se classe 15ᵉ de Ligue 1. Les adversaires disposent d’un volume important de passes avant d’être soumis à une pression réelle, signe d’un pressing tardif et peu coordonné. La pression exercée ne permet ni de provoquer des pertes de balle rapides, ni de limiter l’installation adverse dans le camp rémois.

Pris conjointement, ces deux indicateurs décrivent une pression largement insuffisante sur l’ensemble de la saison.

. Finition  (0,0/20)   –  18ème

expected goals (xG) vs expected goals on target (xGot)  ; ratio de tirs cadrés

La finition est le secteur le plus défaillant de la saison rémoise et sans doute la principale raison de la descente en Ligue 2 !

Différentiel entre expected goals (xG) et expected goals on target (xGot) par équipe en Ligue 1 : plus la barre est négative, plus la qualité des frappes cadrées est faible au regard des occasions créées.

Comme le montre le graphique ci-dessus, Reims affiche un différentiel xG / xGot extrêmement négatif : avec 36,5 xG générés pour seulement 28,8 xGot, l’équipe dégrade la qualité de ses occasions par la frappe. Dans cet exercice, Reims est dernier de Ligue 1, révélant une incapacité chronique à convertir les positions de tirs obtenus en frappes cadrées dangereuses.


La relégation du Stade de Reims ne peut pas être réduite à un simple déficit de résultats ou à une malchance conjoncturelle. L’analyse des huit piliers met en évidence un déséquilibre structurel profond : un socle défensif maintenu artificiellement par un gardien en surperformance, et, autour de lui, des secteurs clés progressivement affaiblis puis rompus. Faible pression, duels perdus, protection du but insuffisante et surtout inefficacité chronique à la finition ont exposé l’équipe à des matchs constamment subis, où chaque erreur coûtait cher et où les rares temps forts offensifs restaient sans récompense.

Cette lecture par les données ne saurait toutefois expliquer totalement la saison rémoise : elle n’intègre ni l’impact physique et mental d’un parcours long en Coupe de France jusqu’en finale, ni les déséquilibres provoqués par la mise à l’écart et les blessures de joueurs clés — Teddy Teuma en tête — autant de facteurs contextuels qui ont pesé sur la continuité des performances et la cohésion collective.

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